… ou comprendre les étapes d’une transition de vie
Depuis quelques mois, ma vie change … Durant plusieurs semaines je n’avais pas écrit alors que j’en avais pris l’engagement. Idem pour mes vidéos : 5 mois que j’ai arrêté d’en publier. Immédiatement, la culpabilité est arrivée à coup de « Tu avais dit que tu publierais chaque semaine et tu a encore lâché », « tu manques de rigueur« , « tu recommences comme la dernière fois », « tu n’es pas assez engagée » … Bref, peu à peu on glisse vers la honte. J’ai même écris sur la procrastination dans un de mes derniers articles pour comprendre ce qui se joue. Finalement, avec le recul, j’ai pris conscience qu’au delà de procrastiner, j’avais surtout besoin de comprendre que je traversais une transition de vie. Parce que depuis plusieurs mois, quelque chose est en train de changer dans ma manière d’accompagner, dans mes projets, dans ce que j’ai envie de vivre. Et je crois que nous sommes nombreuses et nombreux à vivre ces passages, ces « entre-deux » sans vraiment savoir mettre des mots dessus. Ces moments où notre vie ne nous convient plus, mais que le désir de renouveau n’est pas encore clair. Aussi, en lien avec mon propre parcours, aujourd’hui j’avais envie d’explorer plus en détail ce sujet de la transition de vie.
1. Ces périodes où l’on ne va pas vraiment mal, mais …
Vous connaissez ces moments où vous vous sentez comme dans un entre-deux inconfortable ?
Quand vous vous sentez obligé.e de continuer un travail alors qu’il n’a plus de sens pour vous, quand votre couple bat de l’aile mais … qu’être seul.e est encore plus effrayant, quand devant le miroir, vous ne vous reconnaissez plus et que vous vivez du découragement … Bref … vous sentez que quelque chose vous appelle, mais quoi ? Vous vous dites peut-être :
💭 « Ce travail ne me ressemble plus » 💭 « On s’est un peu perdus dans notre couple » 💭 « J’ai l’impression de passer à côté de ma vie » 💭 « J’ai envie d’autre chose pour ma vie »
Ce n’est pas forcément une grande crise ou un événement qui oblige à tout arrêter, mais plutôt une sensation. Un truc qui fait que vous vous désengagez petit à petit dans votre vie. Vous « fonctionnez », comme si vous étiez en pilote automatique. Alors vous minimisez : « Ça va quand même « , « Y a pire », « C’est juste la fatigue… », « Quand les enfants seront plus grands… », « Après les vacances… », « C’est la ménopause… » … Cependant, vous voyez bien que la motivation n’est plus la même. Qu’il y a comme une lassitude de fond que les vacances et « breaks » classiques ne suffisent plus pour vous ressourcer. Je l’entends souvent en accompagnement : « Je ne me reconnais plus. Je voudrais me retrouver comme avant : j’étais dynamique, j’avais la niac … »
Admettre qu’une partie de soi aspire à autre chose est parfois plus inconfortable que de continuer comme avant. Penser à soi, avoir envie de ralentir et de se prioriser peut nous faire nous sentir égoïste et coupable.
Ce n’est peut-être pas un manque de courage, de volonté ou d’engagement.
2. Si cet inconfort était plutôt le signe d’une envie de renouveau ?

Cet entre-deux où l’ancien ne vous nourrit plus, sans que le nouveau soit encore visible.
Dans son ouvrage Transitions de vie , William Bridges, référence mondiale majeure dans le domaine de la gestion et de conduite du changement, explique que tout changement extérieur commence par une transition intérieure.
Selon l’auteur, la transition de vie se déroule en trois étapes : la fin, la zone neutre et le renouveau (ou nouveau commencement).
Photo de yousef alfuhigi
Il fait la différence entre le changement, objectif et extérieur (déménagement, licenciement, divorce, …) et la transition qui est un processus psychologique, interne, subjectif. La transition fait référence aux adaptations internes que les évènements extérieurs (changement) impliquent. Pour l’auteur, un changement ne peut prendre que s’il est « intégré » par la personne grâce à ce processus de transition. Cela veut dire une préparation, car pour pouvoir aller vers le renouveau, la personne doit d’abord en terminer, renoncer à la situation existante. La transition de vie est ainsi un processus intime qui consiste à renoncer à l’ancien, traverser une zone intermédiaire marquée par l’incertitude et le vide, pour ensuite enclencher un renouveau. Cela nous amène donc à vivre une désorientation pour ensuite nous réorienter. Etre au coeur d’une transition amène ainsi chacun.e à composer avec l’ambivalence qui va nous conduire à vouloir revenir vers nos anciennes habitudes, activités, attitudes… (« Je ne me reconnais plus, je voudrais retrouver ma niac, redevenir comme avant. »).
Si la transition est choisie, nous allons avoir tendance à minimiser la douleur de la fin. Si la transition est subie, nous allons avoir tendance à résister au fait qu’elle puisse être positive.
Ainsi quand certains vont vouloir en finir vite pour passer à autre chose, d’autres vont vouloir s’accrocher et revenir au passé. Tourner cette page de vie pour aller vers un renouveau nous amène à traverser une transition intérieure que nous ne comprenons souvent pas. Et cette transition fait naître des émotions inconfortables : culpabilité, tristesse. colère. peur, confusion…
3. Les 5 « D »
Tout changement et désir de renouveau commence par une fin que William Bridges à scindé en 5 étapes ou 5 « D » qui sont :
- Le désengagement : d’abord, on se désengage, c’est-à-dire que l’on commence par se détacher de l’ancienne situation. On s’extrait d’un univers affectif et social qui nous conférait une certaine identité. On rompt avec d’anciens liens car quelque chose ne nous correspond plus, même si on reste encore dans l’ancienne situation. « Je sens que je ne veux / peux plus continuer comme ça « . « Ce qui me motivait avant n’a plus de sens. »
- Puis les anciennes certitudes, habitudes, croyances ou fonctionnements qui sous-tendaient cette identité (l’amie de .., le mari ou la femme de …, le métier de …) commencent à se fissurer. Ce qui semblait solide ne l’est plus. On parle de démantèlement. « Ce qui me motivait avant n’a plus de sens. »
- Puis on ne se reconnaît plus dans nos anciens rôles sans savoir encore qui l’on devient. C’est une perte d’identité temporaire (désidentification) et avec elle, la perte d’une certaine sécurité qui allait avec et donc une certaine vulnérabilité. « Je ne sais plus vraiment qui je suis en dehors de mon travail, de mon rôle de parent, de conjoint…. »
- Puis c’est la fin des illusions. C’est souvent la phase émotionnellement la plus difficile. On réalise que ce que l’on croyait ne fonctionne plus. Cette phase du désenchantement peut s’accompagner de tristesse, de colère, de culpabilité, voire d’un sentiment de vide. « J’ai tout ce qu’il faut pour être heureux(se)… alors pourquoi je ne le suis pas ? » Cette phase permet d’acquérir une nouvelle conscience, au-delà des apparences.
- Puis c’est la désorientation. Les anciens repères ont disparu, les nouveaux ne sont pas encore construits. On a l’impression d’être « entre deux mondes ». Comme si on traversait un vide, un désert. Cette phase demande de garder la foi malgré la confusion et le vide. « Je sais que je dois changer quelque chose, mais je ne sais pas quoi. »
C’est l’entrée dans la zone neutre.
4. Pourquoi cette montée d’émotions inconfortables ?
Parce qu’une partie de soi veut avancer vers un renouveau pendant qu’une autre reste fidèle à l’ancienne identité et tout ce qui lui est associé. Ainsi, nous pouvons être amené à vivre de :
- La culpabilité, parce qu’on croit trahir quelque chose, quelqu’un, soi, …
- La tristesse, parce qu’on fait le deuil de ce à quoi nous nous étions identifié.e jusqu’alors,
- La colère, parce qu’une partie de nous refuse de continuer ainsi et aspire à évoluer, ou bien s’accroche à l’ancien,
- La peur, parce que le nouveau est inconnu,
- …
On s’attache à ce qui doit partir … pour éviter de ressentir le vide.

Photo de alexey starki
5. Du vide naissent les nouveaux départs !
La zone neutre est la période la plus paradoxale : elle est la plus inconfortable mais aussi la plus créative ! Car le nouveau n’apparaît pas malgré la zone neutre mais GRACE à elle !
« Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. » Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra
Et je crois que la culpabilité empêche beaucoup de personnes de s’autoriser à écouter ce qui est vraiment vivant en elles.
Car avant tout projet, ambition, envie de changement ou de réussite, il existe un désir humain beaucoup plus simple : VIVRE, profiter de la vie ! Pourtant, beaucoup d’entre nous ont appris à mettre ce désir en arrière-plan et à vivre selon les attentes des autres, avec parfois ce gout amer que laisse la sensation de passer à côté de la vie que l’on a réellement envie de vivre.
En conclusion
Si vous vous êtes reconnu(e) dans cet article, rassurez-vous : vous n’êtes pas seul(e) à ressentir cela ! Vous êtes peut-être simplement en train de traverser une transition de vie ! Vous avez le droit d’avoir envie de vivre la vie à laquelle vous aspirez ! Vous avez le droit de vous choisir sans culpabiliser !
Alors pourquoi avons-nous l’impression d’être égoïste lorsque nous aspirons à un renouveau dans notre vie ? C’est ce que nous explorerons dans le prochain article : l’émotion de la culpabilité.

Comment cela résonne pour vous ?
Au plaisir de vous lire en commentaire !
Carole Coach | Emotions & Santé* intégrative
*mes actions ne remplacent ni un avis ni un suivi médical
De l’industrie pharmaceutique au coaching : ma transition de vie
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