Trouver la force d’oser : 5 grands freins au passage à l’action

(et comment les systèmes relationnels victime – sauveur – bourreau nous maintiennent bloqués)

Dans mon dernier article, je vous parlais de la culpabilité et de la façon dont elle peut devenir une invitation à reprendre sa juste responsabilité. Aujourd’hui, la question est plus concrète : comment passer du désir de changement à l’action ? Parce que comprendre ne suffit pas toujours. Beaucoup de personnes savent qu’elles veulent autre chose… et restent pourtant bloquées. Ce n’est pas un manque de volonté. Ce sont souvent des freins invisibles qui agissent en coulisse, ancrés dans des systèmes relationnels que nous rejouons avec les autres, dans toutes nos sphères de vie… et surtout avec nous-mêmes. Dans cet article, je vous partage ce que l’on entend par « système relationnel » , 5 grands freins qui empêchent le plus souvent de trouver la force d’oser et comment les transformer en levier, ainsi qu’une liste de personnes ressources pour trouver la force d’oser.

Juge / Coupable, Bourreau / Victime, Sauveur / Affligé … Selon le Centre de relation d’aide de Montréal (CRAM), un système relationnel désigne les mécanismes de défense inconscients qui bloquent une communication authentique et créent des conflits ou des malaises relationnels récurrents. Chaque personne tente d’éviter sa souffrance et sa vulnérabilité en adoptant des mécanismes de défense automatiques et aucun des protagonistes ne sait vraiment comment prendre soin de ses besoins. Au fil du temps, cela use les relations qui potentiellement peuvent se terminer si les protagonistes continuent à tourner en rond dans un système dysfonctionnel dont ils n’ont pas conscience. Les blessures du passé (abandon, rejet, humiliation …) amènent chaque membre d’un système à adopter des mécanismes de défense pour éviter de ressentir la souffrance. Ces mécanismes invisibles s’alimentent, nuisant ainsi à la relation.

« C’est égoïste », « C’est de ma faute, j’ai mal agi ». La culpabilité peut nous fait croire que se choisir, ce serait comme trahir les autres. Ainsi, elle nous amène à regretter et à maintenir un ancien équilibre relationnel, même quand celui-ci ne nous nourrit plus. Or la culpabilité invite aussi à réparer, à l’empathie et à plus d’authenticité. Selon Colette Portelance, spécialiste de la relation d’aide mondialement reconnue, le « coupable » est souvent une personne qui, par manque de confiance en elle, prend la responsabilité de tous les problèmes des autres… et s’en défend par l’auto-punition. Elle oscille entre un rôle de sauveur (je m’occupe de tout le monde), de victime (je m’épuise et je culpabilise) et de bourreau (je juge l’autre, j’accuse ou je me juge)

Comment le lever et reprendre son pouvoir personnel ?

  • Distinguer ce qui est réellement de votre responsabilité de ce qui appartient à l’autre,
  • Vous êtes responsable de votre choix, pas de la façon dont l’autre le vivra,
  • Sortir du rôle de coupable-sauveur pour redevenir simplement responsable de soi.

Photo de Lester

Peur de ne plus correspondre à l’image que les autres ont de nous, peur de déplaire, du conflit …
Peur de l’échec, peur du vide, peur de la « zone neutre » dans les transitions de vie (selon William Bridges)… Cette peur peut se déguiser en procrastination, en « ce n’est pas le bon moment » ou en hyper-responsabilité. La personne refoule ce vécu émotionnel pour ne pas le ressentir. Ainsi, elle maintient le système relationnel en place : tant que je ne change pas, personne n’est déçu et reste coincée dedans.

Comment le lever et oser l’inconnu ?

  • Accepter que oser implique toujours une part d’inconnu qui fait peur,
  • La vraie sécurité ne vient pas de tout contrôler, ni de protéger les autres de leur déception, mais de se faire confiance pour traverser l’inconfort,
  • Commencer par de tout petits pas (un premier « non », une conversation inconfortable, une nouvelle habitude …)

Photo de Luca Bravo

Monteriez-vous dans un taxi en disant « je ne sais pas où je vais, mais … conduisez-moi » ?
Non.
Pourtant, s’il est facile de savoir ce que l’on ne veut plus, savoir ce que l’on veut est souvent « compliqué » à clarifier. Ainsi, beaucoup d’entre nous restons pilotés par une relation toxique à nous-mêmes : on dit oui quand on pense non, on se tait face à l’intolérable… Sans clarté intérieure sur ce que l’on veut vraiment, on se sent prisonnier(e), bridé(e), sans savoir pourquoi. L’action devient impossible ou chaotique : la personne répond aux besoins des autres (sauveur) ou subit (victime) sans jamais formuler clairement ses propres désirs. Elle reste captive des rôles « victime – bourreau – sauveur« .

Comment le lever et sortir du flou ?

Prendre le temps de se poser les vraies questions :

  • Qu’est-ce qui est vraiment essentiel pour moi ?
  • Ai-je osé aller au bout de mes rêves ?

La crise est souvent le moment où ces questions deviennent incontournables.

Photo de T D

Accuser l’extérieur (le conjoint, le travail, la société, les enfants, le manque de temps…), rester dans le « ce n’est pas ma faute », ou dans le déni ça va s’arranger », « le problème c’est mon environnement, c’est pas moi, c’est l’autre ») permet de rester en sécurité… mais empêche toute transformation. Le déni est encore plus subtil et plus puissant.

Dans la vision de Colette Portelance, la personne qui reste dans le rôle de victime projette la responsabilité à l’extérieur et se défend par l’impuissance.
Le bourreau (ou persécuteur) accuse, critique, exige.
Le sauveur prend tout en charge… jusqu’à l’épuisement. Ces trois rôles forment un système relationnel fermé dans lequel on peut tourner très longtemps en rond.
Tant que l’on tourne dedans (avec les autres ou avec soi-même), aucun vrai changement n’est possible.

La personne décrit sa situation comme un problème à résoudre… tout en refusant inconsciemment de changer quelque chose. Dans mon travail de coach, c’est le frein que je rencontre le plus souvent à la réussite de la personne. La personne vient en coaching avec une demande d’aide, mais reste inconsciemment attachée à son rôle dans le triangle : « Aidez-moi à transformer ma vie… mais surtout, je ne veux rien changer de fondamental. » La personne reste captive de ce paradoxe. Tant que la personne se positionne comme victime de sa vie, ou dans le déni, elle ne peut pas en devenir l’entrepreneure. Aucune technique, aucun outil ne peut contourner cette réalité : sans décision intérieure de sortir du « ce n’est pas ma faute » et du déni, le travail s’arrête.

Comment le lever et sortir du sentiment d’impuissance ?

  • Accepter de regarder ce que l’on ne voulait pas voir,
  • Reconnaître quel rôle on joue le plus souvent,
  • Quitter le « c’est pas ma faute » et le déni pour reprendre la responsabilité de ce qui dépend de soi.

Comme le disent Daniel Grosjean et Jean-Paul Sauzette dans leur ouvrage « Trouver la force d’oser » :

Photo de Erika Fletcher

Changer, c’est aussi faire le deuil d’une ancienne version de soi (la personne fiable, toujours disponible, qui ne dérange pas, qui sauve…) et traverser des phases pour libérer « l’ancien ». Même quand on aspire à autre chose, une partie de nous reste fidèle à l’ancien parce qu’il est connu et donc plus sécurisant, même si cela ne nous nourrit plus. C’est souvent à cet endroit que naît l’auto-sabotage qui amène au retour en arrière.

Comment le lever et oser le renouveau ?

  • Reconnaître que l’on n’est pas en train de trahir quelqu’un, mais de se désidentifier d’une ancienne version de soi et d’une ancienne façon de fonctionner (système),
  • Embrasser sa vulnérabilité (qui est une force, pas une faiblesse),
  • Accepter de sortir du triangle « victime, bourreau, sauveur), traverser le vide, pour devenir autonome et responsable de sa propre vie.

Photo de Diego PH

Parce que vouloir oser changer sa vie soulève des questions, s’entourer de personnes capables de nous aider à répondre à nos interrogations peut être utile pour lever ses freins et avancer vers le renouveau. Aussi, je collabore avec différents types de partenaires :

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✨ Et d’autres encore 🐦‍🔥

Photo de Helena Lopes

Ces 5 freins (culpabilité, peur, manque de clarté, posture de victime + déni, attachement à l’ancien) ne sont pas isolés.
Ils s’ancrent dans des systèmes relationnels inconscients. Tant que l’on reste dans ces rôles, on tourne en rond.
En sortir, c’est reprendre sa juste responsabilité, quitter le déni, et enfin oser. Vous avez le droit de vouloir autre chose.
Vous avez le droit de vous choisir. La force d’oser vient d’une décision, celle de ne plus laisser ces freins et ces mécanismes de défense inconscients dicter votre vie. Puis de choix : choix conscient après choix conscient. C’est ainsi que l’on peut choisir et transformer sa vie durablement. A la semaine prochaine pour un nouvel article atour de la Culpabilisation versus autonomisation.

Carole  Coach | Emotions & Transition de vie*

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Photo de couverture de Ionela Mat 

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J’ai le droit de vouloir autre chose… même si je culpabilise ?

Et si la culpabilité n’était pas là pour vous empêcher de changer, mais pour vous aider à vous retrouver ?

Peut-être en êtes-vous là actuellement ? Extérieurement, tout semble aller plutôt bien pour vous. Vous avez une famille, un travail, une maison, des amis, une vie que vous avez construite au fil des années. Et pourtant… quelque chose à l’intérieur de vous commence à vous titiller. Vous savez ? Cette sorte de lassitude, mêlée d’une envie de changement, comme si quelque chose s’était éteint au fil du temps et cherchait à se rallumer. Une envie d’autre chose, sans forcément tout quitter ou bouleverser sa vie. Mais plutôt retrouver quelque chose de plus vivant, de plus juste, de plus aligné avec la personne que vous êtes devenue au fil de temps. Dans mon précédent article, je vous parlais de ces périodes de transition et de ma propre transition de vie. William Bridges la décrit en trois phases : la fin de l’ancien, la zone neutre et le nouveau commencement. La zone neutre, cet entre-deux où l’ancien n’est plus vraiment là et où le nouveau n’est pas encore clairement clair et construit, peut être déstabilisante. Elle fait aussi surgir des émotions : la peur, la tristesse, la colère, la confusion… et très souvent la culpabilité.

Alors aujourd’hui, j’ai envie de vous poser une question simple et profonde : Pourquoi avons-nous parfois l’impression d’être égoïstes simplement parce que nous avons envie d’une autre vie ?

💭 « Pourtant, je n’ai pas à me plaindre… »

C’est l’une des phrases que j’entends le plus souvent en accompagnement.

💭 « Je sais que j’ai de la chance » 💭 « J’ai une belle famille » 💭« Mon conjoint est formidable »
💭« J’ai un travail qui me plait malgré tout » 💭 « Mes enfants vont bien » 💭« Je ne manque de rien » 💭 Et pourtant… « Je ne suis pas malheureuse mais … »

Nous avons appris à mesurer la légitimité de nos besoins en les comparant à ceux des autres. Si d’autres souffrent davantage, nous n’aurions pas le droit de souffrir. Si notre vie semble « réussie » aux yeux des autres, nous devrions être satisfait(e)s. Si quelqu’un compte sur nous, nous devrions toujours être disponibles. Si nous avons fait une promesse, nous devrions toujours la tenir. Et si nous avons envie d’autre chose, le jugement fuse : « Je ne peux, c’est égoïste ; que vont-ils penser ? » Mais avoir envie d’autre chose ne signifie pas nécessairement rejeter ce que l’on a. Cela peut simplement signifier que nous avons changé, que nous aspirons à vivre autre chose, à grandir, s’épanouir … Quel problème y a t-il à cela ? On aimerait parfois pouvoir supprimer certaines émotions : la peur, la colère, la tristesse, la culpabilité … et ne pas avoir à vivre l’inconfort qu’elles nous font vivre. Mais ces émotions ne sont pas « mauvaises ». Une émotion n’est pas un problème à éliminer. C’est une information.

Elle nous dit en substance : « Regarde ce qui vient de se passer. Est-ce que ce que tu fais est cohérent avec ce qui compte pour toi ? » Ce qui est très différent de la honte.
La culpabilité porte sur un comportement : « J’AI FAIT quelque chose de mal »
La honte touche à l’image de soi : « JE SUIS quelqu’un de mauvais » La première nous invite à agir, quand la seconde nous pousse à nous cacher, à disparaitre. Et si vous culpabilisiez pour quelque chose qui n’est pas votre responsabilité ?

Nous pouvons nous sentir coupables de choses qui ne dépendent pas réellement de nous.

❌J’ai dit non à une demande et quelqu’un est déçu → 😔 Je me sens coupable

❌J’ai pris du temps pour moi et mon entourage doit s’organiser autrement → 😔

❌Je change de travail, je suis en arrêt maladie, … et mes collègues doivent s’adapter → 😔

❌J’exprime un désaccord, une vision différente et l’autre se met en colère → 😔

❌Je choisis une nouvelle direction et mon entourage ne comprend pas → 😔

Est-ce que cela signifie nécessairement que vous avez mal agi ? NON. La déception de quelqu’un n’est pas automatiquement la preuve que vous avez fait quelque chose de mal. Prendre sa responsabilité ne signifie pas prendre la responsabilité de tout. Je suis responsable de mon choix, mais pas de la manière dont l’autre va vivre ce choix.
Je peux être attenti(f).ve, écouter, expliquer, faire preuve d’empathie. Mais je ne peux pas vivre à la place de l’autre. Les travaux de recherche montrent que la culpabilité a généralement une fonction adaptative : elle nous aide à protéger nos relations et à rester cohérents avec nos valeurs. C’est lorsqu’elle devient excessive, déplacée ou se transforme en auto-punition qu’elle devient problématique.

Dans une transition de vie, la culpabilité peut devenir particulièrement paralysante.
Parce que choisir implique toujours de renoncer à quelque chose. Dire oui à une nouvelle possibilité, c’est parfois dire non à une ancienne manière de vivre. Prendre du temps pour soi signifie parfois ne plus être disponible comme avant. Changer de métier signifie quitter une certaine identité professionnelle. Même lorsqu’un changement est désiré, il comporte une forme de deuil. Et dans ce deuil, la culpabilité murmure :

« Comment je peux abandonner tout ce que j’ai construit ? » → 💭 Je m’en veux …
« Après toutes ces années, comment pourrai-je changer ? »
→ 💭😔
« Je vais blesser les miens »💭 C’est comme si je les trahissais …

Alors nous hésitons, nous reportons, nous procrastinons, nous attendons le « bon moment ».
Parfois, nous finissons même par croire que nous manquons de courage ou de volonté. Alors qu’en réalité, une partie de nous essaie simplement de rester fidèle à l’ancien. C’est souvent à cet endroit que naît le conflit intérieur :

Cette tension est particulièrement forte lorsque notre identité s’est construite autour du fait d’être une personne fiable, responsable, performante, ou toujours disponible. Changer peut alors donner l’impression de trahir l’image que les autres ont de nous. Mais peut-être ne sommes-nous pas en train de trahir quelqu’un.

Peut-être sommes-nous simplement en train de nous désidentifier d’une ancienne version de nous-mêmes.

Il existe une autre manière de vivre la culpabilité : au lieu de réparer ce qui peut l’être, nous nous punissons. Nous nous privons, nous nous critiquons, nous ruminons. Nous nous disons que nous ne sommes pas assez, pas à la hauteur. C’est un peu comme se trahir soi-même. Je connais bien cette mécanique. Lorsque j’ai arrêté d’écrire pendant plusieurs semaines et de publier mes vidéos You tube pendant cinq mois, ma première réaction a été de m’en vouloir et de me dire : « Tu avais dit que tu publierais chaque semaine », « Tu as encore lâché », « Tu manques de rigueur ». J’aurais pu tourner en rond là-dedans. Mais j’ai choisi de plutôt me demander : « Et si au-delà de la procrastination, je devais comprendre quelque chose ? Si c’était un appel à me renouveler ? » Cette prise de conscience n’a pas tout réglé mais m’a permis de passer de « l’auto-flagellation » à l’écoute de ce que je voulais vraiment. Et utiliser la culpabilité dans ses « vertus » : c’est-à-dire prendre ma juste responsabilité et agir en conséquence.

Dans certaines relations, nous pouvons progressivement entrer dans un jeu où l’un reproche et l’autre culpabilise, où l’un exige et l’autre s’écrase. La frustration monte, on ménage, on accumule… jusqu’à l’explosion. Chacun ressort avec le sentiment d’être la victime de l’autre. C’est le fameux triangle dramatique de Karpman (victime – sauveur – persécuteur). L’intérêt n’est pas de coller des étiquettes, ou de continuer à se saboter mais de se demander : « Quel rôle suis-je en train de jouer ? ? », « Qu’est-ce qui est réellement de ma responsabilité ? » Beaucoup de personnes qui culpabilisent facilement se retrouvent dans le rôle de sauveur : « Si je ne m’occupe pas de lui/elle, qui va le faire ? »

On anticipe, on porte, on fait à la place… et on s’épuise. Aider quelqu’un ne signifie pas vivre sa vie à sa place.
Une image me parle beaucoup : si vous voyez quelqu’un se noyer dans une mer dangereuse, vous n’êtes pas obligé de vous jeter à l’eau. Vous pouvez lancer une bouée, appeler de l’aide, rester présent. Mais vous avez aussi le droit de rester en sécurité. Idem pour les mesures de sécurité dans l’avion : on doit d’abord s’équiper d’un masque à oxygène avant d’aller aider autrui. Prendre soin de vous ne vous rend pas égoïste. Parfois, derrière « Je culpabilise de vouloir autre chose » se cache simplement : « J’ai peur de ce qui va se passer si je change ». Peur de décevoir, d’être jugé, d’être abandonné, de ne plus correspondre à l’image que les autres ont de nous.

Alors, la prochaine fois que vous ressentez cette émotion, plutôt que de chercher immédiatement à la faire disparaître, si vous l’écoutiez ? En vous posant ces questions :

  1. Ai-je réellement fait quelque chose qui va à l’encontre de mes valeurs ?
    Ou suis-je simplement en train de faire quelque chose que quelqu’un n’approuve pas ?
  2. Y a-t-il quelque chose à réparer ? Si oui, faites le : excusez-vous, expliquez, changez ce qui doit et peut l’être.
    La culpabilité peut alors avoir rempli sa fonction. Ensuite, il n’est pas nécessaire de continuer à se punir indéfiniment.

J’aime voir la culpabilité comme une sorte de gardienne. Pas une gardienne qui nous enferme. Une gardienne qui nous demande : « Est-ce que tu es congruente : en accord avec toi-même ? »

C’est une frontière parfois très fine, surtout lorsque si vous avez passé des années à vous adapter, à faire plaisir, à éviter les conflits. Vous avez le droit de vouloir autre chose. Vous pouvez être reconnaissant et vouloir évoluer. Vous pouvez aimer votre famille et avoir besoin de temps pour vous. Vous pouvez aimer votre travail et vouloir changer. Vous pouvez aimer quelqu’un et avoir besoin de poser une limite. Vous pouvez être heureux de ce que vous avez construit et sentir qu’une nouvelle étape commence. Ces choses ne sont pas contradictoires.

Nous avons parfois une vision très binaire du changement : soit je suis heureu(x).se et je reste, soit je suis malheureu(x).se et je pars. Mais la vie est beaucoup plus subtile. Parfois, nous ne voulons pas fuir notre vie, mais simplement l’habiter autrement. Choisir sa vie ne signifie pas choisir contre les autres : ce n’est pas « Je fais ce que je veux et tant pis pour les autres ». C’est apprendre à prendre en compte les autres sans s’oublier soi-même.
C’est pouvoir dire : « Je comprends que mon choix puisse te décevoir » sans pour autant renoncer à soi pour que l’autre sois heureu(x).se. C’est pouvoir écouter sans se soumettre, aimer sans se sacrifier, aider sans sauver, dire non sans agresser, prendre sa place sans prendre celle de l’autre.

Carole  Coach | Emotions & Santé* intégrative

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Photo de couverture : Alessandro Erbetta

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Pourquoi avoir envie d’une autre vie … quand tout semble aller bien ?

… ou comprendre les étapes d’une transition de vie

Vous connaissez ces moments où vous vous sentez comme dans un entre-deux inconfortable ?

Quand vous vous sentez obligé.e de continuer un travail alors qu’il n’a plus de sens pour vous, quand votre couple bat de l’aile mais … qu’être seul.e est encore plus effrayant, quand devant le miroir, vous ne vous reconnaissez plus et que vous vivez du découragement … Bref … vous sentez que quelque chose vous appelle, mais quoi ? Vous vous dites peut-être :

💭 « Ce travail ne me ressemble plus » 💭 « On s’est un peu perdus dans notre couple » 💭 « J’ai l’impression de passer à côté de ma vie » 💭 « J’ai envie d’autre chose pour ma vie »

Ce n’est pas forcément une grande crise ou un événement qui oblige à tout arrêter, mais plutôt une sensation. Un truc qui fait que vous vous désengagez petit à petit dans votre vie. Vous « fonctionnez », comme si vous étiez en pilote automatique. Alors vous minimisez : « Ça va quand même « , « Y a pire », « C’est juste la fatigue… », « Quand les enfants seront plus grands… », « Après les vacances… », « C’est la ménopause… » … Cependant, vous voyez bien que la motivation n’est plus la même. Qu’il y a comme une lassitude de fond que les vacances et « breaks » classiques ne suffisent plus pour vous ressourcer. Je l’entends souvent en accompagnement : « Je ne me reconnais plus. Je voudrais me retrouver comme avant : j’étais dynamique, j’avais la niac … »

Admettre qu’une partie de soi aspire à autre chose est parfois plus inconfortable que de continuer comme avant. Penser à soi, avoir envie de ralentir et de se prioriser peut nous faire nous sentir égoïste et coupable.

Ce n’est peut-être pas un manque de courage, de volonté ou d’engagement.

Cet entre-deux où l’ancien ne vous nourrit plus, sans que le nouveau soit encore visible.

Dans son ouvrage Transitions de vie , William Bridges, référence mondiale majeure dans le domaine de la gestion et de conduite du changement, explique que tout changement extérieur commence par une transition intérieure.

Selon l’auteur, la transition de vie se déroule en trois étapes : la fin, la zone neutre et le renouveau (ou nouveau commencement).

Photo de  yousef alfuhigi

Tout changement et désir de renouveau commence par une fin que William Bridges à scindé en 5 étapes ou 5 « D » qui sont :

  • Le désengagement : d’abord, on se désengage, c’est-à-dire que l’on commence par se détacher de l’ancienne situation. On s’extrait d’un univers affectif et social qui nous conférait une certaine identité. On rompt avec d’anciens liens car quelque chose ne nous correspond plus, même si on reste encore dans l’ancienne situation. « Je sens que je ne veux / peux plus continuer comme ça « . « Ce qui me motivait avant n’a plus de sens. »
  • Puis les anciennes certitudes, habitudes, croyances ou fonctionnements qui sous-tendaient cette identité (l’amie de .., le mari ou la femme de …, le métier de …) commencent à se fissurer. Ce qui semblait solide ne l’est plus. On parle de démantèlement. « Ce qui me motivait avant n’a plus de sens. »
  • Puis on ne se reconnaît plus dans nos anciens rôles sans savoir encore qui l’on devient. C’est une perte d’identité temporaire (désidentification) et avec elle, la perte d’une certaine sécurité qui allait avec et donc une certaine vulnérabilité. « Je ne sais plus vraiment qui je suis en dehors de mon travail, de mon rôle de parent, de conjoint…. »

C’est l’entrée dans la zone neutre.

Parce qu’une partie de soi veut avancer vers un renouveau pendant qu’une autre reste fidèle à l’ancienne identité et tout ce qui lui est associé. Ainsi, nous pouvons être amené à vivre de :

  • La culpabilité, parce qu’on croit trahir quelque chose, quelqu’un, soi, …
  • La tristesse, parce qu’on fait le deuil de ce à quoi nous nous étions identifié.e jusqu’alors,
  • La colère, parce qu’une partie de nous refuse de continuer ainsi et aspire à évoluer, ou bien s’accroche à l’ancien,
  • La peur, parce que le nouveau est inconnu,

On s’attache à ce qui doit partir … pour éviter de ressentir le vide.

Photo de alexey starki

La zone neutre est la période la plus paradoxale : elle est la plus inconfortable mais aussi la plus créative ! Car le nouveau n’apparaît pas malgré la zone neutre mais GRACE à elle !

« Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. » Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra

Car avant tout projet, ambition, envie de changement ou de réussite, il existe un désir humain beaucoup plus simple : VIVRE, profiter de la vie ! Pourtant, beaucoup d’entre nous ont appris à mettre ce désir en arrière-plan et à vivre selon les attentes des autres, avec parfois ce gout amer que laisse la sensation de passer à côté de la vie que l’on a réellement envie de vivre.

Si vous vous êtes reconnu(e) dans cet article, rassurez-vous : vous n’êtes pas seul(e) à ressentir cela ! Vous êtes peut-être simplement en train de traverser une transition de vie ! Vous avez le droit d’avoir envie de vivre la vie à laquelle vous aspirez ! Vous avez le droit de vous choisir sans culpabiliser !

Alors pourquoi avons-nous l’impression d’être égoïste lorsque nous aspirons à un renouveau dans notre vie ? C’est ce que nous explorerons dans le prochain article : l’émotion de la culpabilité.

Carole  Coach | Emotions & Santé* intégrative

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De l’industrie pharmaceutique au coaching : ma transition de vie

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De l’industrie pharmaceutique au coaching

Et si le plus grand changement de notre vie ne commençait pas par un changement radical, nouveau métier, une nouvelle relation … mais par une nouvelle façon d’être ? Pendant longtemps, j’ai cru qu’être heureuse et épanouie ne pouvait se faire qu’avec une certaine réussite professionnelle. Comme beaucoup, j’ai confondu Etre et Faire : j’ai appris à performer et finalement à n’exister qu’à travers un rôle social et professionnel plus qu’à exister telle que je suis.

Tenir des responsabilités, tenir des objectifs, tenir bon, encaisser. Malgré la fatigue, les doutes, les émotions inconfortables, les tensions dans le corps, les nuits difficiles …

Comme beaucoup, j’avais appris qu’il fallait avancer, être fiable et disponible, répondre présente à contre cœur parfois, ne pas trop écouter les signaux du corps ou ses états d’âme. Et je dois reconnaître que cette manière de fonctionner m’a longtemps permis d’évoluer. Elle m’a offert une carrière riche, stimulante et profondément tournée vers l’humain.

Pendant seize ans, j’ai travaillé au sein de l’industrie pharmaceutique. Plus largement, j’ai consacré vingt-huit années de ma vie au domaine de la santé. J’aimais mon métier. J’aimais contribuer à améliorer la prise en charge des patients. J’aimais apprendre, construire, transmettre.

De l’extérieur, tout semblait « rose » et avoir du sens. Pourtant, avec le recul, je réalise que quelque chose s’éteignait doucement à l’intérieur de moi. À cette époque, je ne savais pas encore mettre des mots sur ce que je vivais. Je pensais simplement être fatiguée. Je me disais que cela passerait après les vacances, après la rentrée toujours plus intense, après la nouvelle formation, après … Comme beaucoup, je repoussais sans cesse le moment de m’écouter. Jusqu’à ce que mon corps dise STOP !

Lorsque nous parlons de changement de vie, nous imaginons souvent une décision spectaculaire : quitter son emploi, divorcer, déménager, créer une entreprise. Pourtant, les véritables changements commencent rarement à l’extérieur. Ils commencent souvent par une sensation difficile à expliquer : cette impression de ne plus être tout à fait à sa place, cette fatigue qui ne disparaît pas malgré le repos, cette perte d’élan, cette petite voix qui murmure : « je ne me reconnais plus », ces tensions musculaires récurrentes, ces trucs que l’on fait sur un coup de tête pour se « vider » la tête, éviter de sentir ce malaise que l’on n’explique pas parce que rien ne va vraiment mal, mais … Et surtout tenir coute que coute, continuer à « lutter contre » tout ce que je ressentais.

Pendant longtemps, j’ai cru que je devais mettre tout cela sous le tapis parce que finalement, çà n’allait pas si mal que çà. Aujourd’hui, je sais que la vie essayait déjà de me montrer le chemin. J’avais un besoin vital de me poser pour enfin écouter. La maladie a permis cela. Ce que je vivais n’était pas un manque de motivation, ni un échec. J’étais en train de traverser une transition.

Je ne connaissais pas encore les travaux de William Bridges. Lorsque je les ai découverts, plusieurs années plus tard, j’ai eu la sensation qu’il mettait enfin des mots sur ce que j’avais vécu. Il explique une chose essentielle : le changement est extérieur, la transition est intérieure. On peut changer de métier, de maison, de partenaire de vie … sans jamais réussir ce changement car cela nécessite de vivre une transition, une transformation profonde. À l’inverse, on peut rester dans le même environnement et s’y adapter, tout en vivant un immense bouleversement intérieur qui va amener un changement extérieur. C’est précisément ce qui m’est arrivé : la suradaptation jusqu’à se rendre parfois malade pour que le changement s’opère.

Photo de Aditya Saxena

Cette période m’a conduite à remettre en question beaucoup de mes certitudes et illusions. Pendant des années, j’avais évolué dans un univers où la santé était principalement abordée sous l’angle de la maladie. J’ai participé à des ateliers pour « apprendre à vivre avec » la maladie. Sauf que ce n’était pas suffisant pour moi : je voulais « sortir de la maladie », guérir et VIVRE ! Je découvrais peu à peu une autre réalité. Celle qui nous amène à :

  • adopter une autre manière de vivre,
  • changer son rapport au stress,
  • apprivoiser ses émotions,
  • comprendre et identifier nos besoins,
  • vouloir donner du sens à ce que nous traversons.

J’ai ainsi commencé à me former à différentes approches (Coaching, PNL, hypnose, éducation à la santé, émotions, compétences psychosociales, entretien motivationnel, leadership transformationnel …) qui sont venues enrichir ma formation de base en neurobiologie. Non pas parce que je rejetais en bloc tout ce que j’avais appris avant, mais parce que j’avais soif de comprendre pour agir, et parce qu’il y avait d’autres façons de voir les choses pour agir. Et que comprendre est une chose mais « ressentir », surtout lorsque l’on est très mental(e), c’est autre chose. Or les émotions se vivent dans le corps, pas dans la tête. Nous avons plutôt tendance à privilégier le mental, et à tourner en boucle dans notre tête et ne prendre soin de notre corps que lorsqu’il souffre.

Combien d’entre nous apprennent réellement à écouter leurs émotions avant que le corps dise STOP ?

Pendant longtemps, j’ai refoulé certaines émotions parce qu’elles étaient inconfortables pour moi :

  • La tristesse
  • La colère
  • La culpabilité et la honte
  • La peur …

Je voulais m’en débarrasser. Mettre le plus de distance possible avec elles, et surtout la culpabilité qui était masquée par d’autres émotions. Aujourd’hui, je les regarde comme des messagères : comme ces bips sur les voitures qui préviennent qu’un danger est là pour mieux me sécuriser.

  • La peur m’a appris que quelque chose comptait profondément pour moi : la sécurité,
  • La colère m’a montré ce qui n’était plus acceptable et où je devais mettre mes limites,
  • La tristesse m’a permis de faire le deuil de certains chapitres de vie auxquels je restais accrochée,
  • Quant à la culpabilité, elle a sans doute été l’émotion qui m’a le plus longtemps retenue.

Parce qu’elle me faisait croire que vouloir une autre vie revenait à trahir celle que j’avais construite.

  • Comment quitter un métier que j’avais aimé ?
  • Comment renoncer à une identité qui m’avait tant sécurisée ?
  • Comment accepter que ce qui avait été juste pendant des années ne le soit plus aujourd’hui ?

Je crois que beaucoup de personnes vivent cette même culpabilité. Pas seulement lorsqu’elles souhaitent changer de métier. Mais lorsqu’elles commencent à vouloir vivre autrement. Je l’ai beaucoup observé dans mes accompagnements à perte de poids, au surpoids, à l’obésité et à l’arrêt du tabac.

Ralentir, prendre soin de soi, mettre des limites, dire non, choisir ce qui est juste et fait sens pour soi. Comme si écouter ce qui est vivant en soi revenait automatiquement à devenir égoïste. Avec le recul, je comprends que cette culpabilité ne parlait pas de morale. Elle parlait de fidélité à l’identité que j’avais construite. Alors qu’une autre cherchait à émerger : plus mature émotionnellement, qui m’invitait à prendre la responsabilité de choisir ma vie et donc de renoncer à ce qui ne faisait plus sens. Si je voulais guérir, je devais renoncer à être une victime impuissante et résignée face à la maladie.

Si je fais ce métier de coach aujourd’hui (et depuis 17 ans), ce n’est pas parce que j’ai trouvé toutes les réponses. C’est parce que j’aime développer le potentiel des personnes, et que je connais cette zone de confusion où l’on ne se reconnaît plus tout à fait. Celle où l’on hésite entre rester fidèle à ce que l’on a toujours été et écouter ce qui cherche doucement à naître. Je sais combien cette période peut être déroutante. Je sais aussi combien elle peut devenir féconde lorsqu’on cesse de vouloir aller trop vite. Je ne crois plus que notre rôle soit de « lutter contre » nos émotions, la maladie … Je crois qu’il est nécessaire d’apprendre à les écouter autrement : pas comme des obstacles pour nous empêcher d’avancer mais plutôt des clés pour évoluer.

Le nom de mon blog n’est pas arrivé par hasard. Pendant longtemps, j’ai cru que choisir sa vie signifiait prendre de grandes décisions. Aujourd’hui, je crois que cela commence beaucoup plus simplement.

Parce que nous changeons, parce que la vie nous change, parce qu’il arrive un moment où rester fidèle à nos anciennes habitudes devient plus douloureux que d’oser avancer.

Je n’accompagne pas simplement des personnes à apprivoiser et mieux gérer leurs émotions. J’accompagne des femmes et des hommes qui sentent que leur ancienne vie ne leur ressemble plus tout à fait. Des personnes qui traversent cet « entre-deux » où l’ancien ne nourrit plus, alors que le nouveau n’est pas encore clairement visible. Je les accompagne à comprendre ce qui se joue à l’intérieur d’elles, à retrouver des repères et à laisser émerger ce qui cherche déjà à prendre sa place. Parce que je crois profondément qu’une épreuve de vie comme la maladie peut être le tremplin vers une vie plus épanouissante si l’on apprend à traverser en conscience la transition de vie qui l’accompagne.

Il y a quelques jours, j’ai eu la joie d’échanger avec Philippe Ferrer, de la chaine You tube « On ne vous demande pas d’y croire » autour de ce parcours, de cette reconversion et de ma vision de la santé*, des émotions, de la vie.

Je vous laisse découvrir cette interview si vous en avez envie. Et si, en la regardant ou en lisant cet article, vous vous dites : « çà me parle ; j’ai l’impression que ma vie ne me ressemble plus… » Alors peut-être n’êtes-vous pas en train de vous perdre mais simplement en train de traverser une « crise » de vie. Et c’est là que commence la plus belle des aventures : choisir sa vie ! Avec le recul, je comprends que ce que j’ai vécu, comme d’autres, porte un nom. Je vous en parlerai dans mon prochain article.

Vous n’avez pas besoin de continuer à fuir votre vie. Vous avez peut-être besoin de retrouver le lien avec ce qui vous rend vivant ?

Pour commencer à apprivoiser vos émotions :  Arrêter de tout contrôler

Apprendre à réguler vos émotions c’est aussi transformer la peur de l’inconnu en aventure !

Au plaisir de vous lire en commentaire !

A la semaine prochaine !

Carole  Coach | Emotions & Santé* intégrative

*mes actions ne remplacent ni un avis ni un suivi médical

Pour commencer à apprivoiser vos émotions :  Arrêter de tout contrôler

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Procrastiner : une histoire de volonté ou d’émotions ?

Cela fait trois semaines que je note dans mon agenda : reprendre l’écriture de mon blog. Trois semaines que je remets à demain. Un mois depuis mon dernier article … Pourtant, l’envie est là. Alors pourquoi est-ce si difficile parfois de passer à l’action ?

Depuis mon retour des grands espaces de l’Ouest américain, je me retrouve confrontée à une vieille connaissance : la procrastination. Au début, j’ai trouvé de bonnes raisons : le besoin de récupérer du décalage horaire, l’envie de prendre le temps d’intégrer tout ce que ce voyage est venu révéler et réveiller en moi. Puis les jours ont passé… Et oups ! 1 mois depuis mon dernier article alors que je m’étais engagée à être là chaque semaine. Et tout ce que cela vient m’amener comme pensées, doutes, émotions inconfortables … Cette expérience m’a donné envie de regarder de plus près ce phénomène que nous connaissons tous : remettre à plus tard ce qui compte pourtant pour nous. Et si la procrastination était bien plus complexe qu’un simple manque de volonté ? Si elle avait quelque chose à nous dire ?

La procrastination : un comportement profondément humain

On entend souvent dire « Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même ». Pourtant, nous procrastinons tous. Que ce soit pour payer une facture, déclarer ses impôts, faire ses devoirs, réviser, prendre un RDV, commencer un projet, reprendre le sport, arrêter de fumer… Nous procrastinons même pour des tâches qui pourtant nous apporteraient un bénéfice immédiat !  Bien souvent, nous savons exactement ce que nous devrions faire. Mais qu’est-ce qui fait qu’on ne le fait pas ?

La procrastination est généralement définie comme le fait de repousser une tâche malgré les conséquences négatives pour soi-même que ce report peut entraîner.

Mais derrière ce comportement, qu’est-ce qui se cache vraiment ?

Photo de Leon JL

Les recherches en psychologie montrent aujourd’hui que la procrastination est davantage un problème de gestion émotionnelle qu’un problème de gestion du temps.

Procrastiner pour éviter quoi exactement ?

Lorsque nous repoussons une tâche, nous ne fuyons pas la tâche elle-même mais plutôt l’émotion désagréable que nous lui associons. Il existe un lien entre la procrastination, la recherche du plaisir et l’évitement de la douleur.

Le psychologue Tim Pychyl a définit des déclencheurs typiques de la procrastination :

  • Des tâches difficiles
  • Des tâches ennuyantes
  • Des tâches frustrantes
  • Un manque d’intérêt personnel
  • Des tâches floues, ambigües
  • Un manque de structure

« Le procrastinateur ne fuit pas le travail, il fuit l’inconfort émotionnel associé à ce travail. » Solving the Procrastination Puzzle – Timothy Pychyl

Ainsi, notre cerveau nous protège pour éviter une « souffrance » :

  • la peur d’échouer ;
  • La peur de ne pas être à la hauteur,
  • La peur de réussir et que l’on nous en demande plus après,
  • l’anxiété ;
  • le doute sur nos compétences,
  • l’ennui ; le manque d’intérêt pour la tache,
  • le sentiment d’être dépassé

Photo de Sonaal Bangera

Notre cerveau préfère le soulagement immédiat plutôt que le bénéfice futur. Quelques minutes sur les réseaux sociaux, une série, une autre activité plus agréable… et l’inconfort disparaît temporairement … jusqu’à ce que la culpabilité s’invite à son tour, voire la honte et/ou la colère contre soi.

Depuis quarante ans, le psychologue Joseph Ferrari étudie les raisons qui poussent beaucoup d’entre nous à reporter systématiquement les tâches quotidiennes. Selon ses recherches, 20% des personnes seraient des « procrastinateurs chroniques », retardant intentionnellement et de façon irrationnelle les tâches à accomplir. «Ce chiffre est plus haut que la dépression, les phobies, les crises de panique, l’alcoolisme ou la dépendance aux drogues», déplore Joseph Ferrari dans un très récent article paru dans le Washington Post.

Finalement, qu’est-ce qui fait que l’on va se lancer ou pas ?

Un des modèles dans la médecine du mode de vie (Lifestyle medecine) pour expliquer la procrastination est le Intention-Behavior Gap : plus l’écart entre l’intention et le passage à l’action est grand, plus on procrastine.

Ce gap est fonction de trois éléments :

  • Le coût d’entrée : le degré de facilité ou de difficulté pour démarrer l’action
  • Le coût de maintien : le degré de facilité ou de difficulté pour maintenir l’action
  • La récompense : délai avant d’obtenir la récompense suite à l’action

C’est un peu comme quand nous nous sommes demandé si nous allions faire ou pas The Narrows Canyon à Zyon National Park. Clairement, le coût d’entrée était déjà trop élevé pour nous : besoin de louer un équipement pour randonner en toute sécurité dans l’eau, puis le coût de maintien : chaleur, durée de la randonnée, difficulté …

Mais c’est aussi ce qui se passe pour la personne qui veut arrêter de fumer, où l’enjeu majeur est dans le maintien, pour une récompense en terme de bénéfices sur la santé qui sera à moyen et long terme.

Photo de Karan Chawla

Tout se joue entre notre cerveau émotionnel et notre cerveau rationnel. La procrastination résulterait d’un conflit entre  :

  • le système limbique ou cerveau émotionnel, siège des émotions, de la récompense (dopamine), de la mémoire …
  • le cortex préfrontal, siège de la planification, de l’organisation des actions et comportements, …

Quand le cerveau émotionnel prend le dessus, on privilégie la satisfaction immédiate (regarder une série, scroller sur son téléphone) au détriment de la récompense à long terme. Lorsque nous sommes fatigués, stressés ou émotionnellement fragilisés, notre capacité à nous mobiliser diminue, notre cortex préfrontal étant affaibli.

Des études montrent que certaines personnes procrastineraient plus que d’autres :

  • Les perfectionnistes, par peur de l’imperfection ils retardent le moment et ne se lancent jamais,
  • Les personnes impulsives, par désir d’une récompense immédiate,
  • Les personnes ayant une mauvaise estime de soi, par peur d’échouer, de faire des erreurs,
  • Les personnes ayant une faible tolérance au stress.

La procrastination peut aussi devenir un mécanisme d’auto-sabotage : en repoussant la tâche, on crée soi-même les conditions d’un échec — qui devient alors plus facile à justifier (“je n’ai pas eu le temps”).

«La procrastination est un sabotage de soi-même» – Joseph Ferrari

Comment apprivoiser la procrastination avec douceur ?

  1. Découper votre objectif en micro-actions simples
  2. Vous rappeler « pourquoi » c’est important pour vous
  3. Pratiquer l’auto-compassion : cela vous aidera à vous remettre en action plus rapidement
  4. Respecter votre niveau d’énergie : arrêter de passer en force
  5. Célébrer les petits pas : pour nourrir la confiance et la motivation
  6. La procrastination est aussi une forme de protection qui indique simplement, par exemple, que :
  • « J’ai peur »
  • « Je manque d’énergie»
  • « Je suis fatigué.e »
  • « Je ne sais pas par où commencer »
  • « Cet objectif me semble trop grand »
  • « J’ai besoin de soutien »

vous pouvez prendre un temps pour vous questionner ainsi

  • Qu’est-ce que j’essaie d’éviter ?
  • Quelle émotion est présente ?
  • De quoi ai-je réellement besoin aujourd’hui ?
  • Quel est le plus petit pas que je peux faire maintenant ?

Choisir sa vie, un petit pas à la fois

Procrastiner ne veut pas dire que l’on est paresseux, que l’on manque de volonté ou de caractère. Il s’agirait plutôt d’une difficulté de notre cerveau à gérer le stress (et les émotions désagréables) et à s’adapter efficacement aux changements et aux exigences de son environnement. La bonne nouvelle, c’est que développer sa fenêtre de tolérance au stress et ses capacités à faire face, çà s’apprend.

Cela m’amène pour terminer à une prise de conscience : nous passons beaucoup de temps à explorer le monde extérieur. Mais apprendre à comprendre nos mécanismes intérieurs est peut-être l’un des plus beaux voyages 😉Au-delà de l’Ouest Américain qui me marquera à jamais par sa beauté, je retiens aujourd’hui la fierté d’avoir dépassé des peurs irrationnelles et d’avoir élargi mes perspectives.

Au plaisir de vous lire en commentaire !

A la semaine prochaine !

Carole  Coach | Emotions & Santé* intégrative

*mes actions ne remplacent ni un avis ni un suivi médical

Pour commencer à apprivoiser vos émotions : 👉 Arrêter de tout contrôler

Photo de couverture : Blake Emge

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