J’ai le droit de vouloir autre chose… même si je culpabilise ?

Et si la culpabilité n’était pas là pour vous empêcher de changer, mais pour vous aider à vous retrouver ?

Peut-être en êtes-vous là actuellement ? Extérieurement, tout semble aller plutôt bien pour vous. Vous avez une famille, un travail, une maison, des amis, une vie que vous avez construite au fil des années. Et pourtant… quelque chose à l’intérieur de vous commence à vous titiller. Vous savez ? Cette sorte de lassitude, mêlée d’une envie de changement, comme si quelque chose s’était éteint au fil du temps et cherchait à se rallumer. Une envie d’autre chose, sans forcément tout quitter ou bouleverser sa vie. Mais plutôt retrouver quelque chose de plus vivant, de plus juste, de plus aligné avec la personne que vous êtes devenue au fil de temps. Dans mon précédent article, je vous parlais de ces périodes de transition et de ma propre transition de vie. William Bridges la décrit en trois phases : la fin de l’ancien, la zone neutre et le nouveau commencement. La zone neutre, cet entre-deux où l’ancien n’est plus vraiment là et où le nouveau n’est pas encore clairement clair et construit, peut être déstabilisante. Elle fait aussi surgir des émotions : la peur, la tristesse, la colère, la confusion… et très souvent la culpabilité.

Alors aujourd’hui, j’ai envie de vous poser une question simple et profonde : Pourquoi avons-nous parfois l’impression d’être égoïstes simplement parce que nous avons envie d’une autre vie ?

💭 « Pourtant, je n’ai pas à me plaindre… »

C’est l’une des phrases que j’entends le plus souvent en accompagnement.

💭 « Je sais que j’ai de la chance » 💭 « J’ai une belle famille » 💭« Mon conjoint est formidable »
💭« J’ai un travail qui me plait malgré tout » 💭 « Mes enfants vont bien » 💭« Je ne manque de rien » 💭 Et pourtant… « Je ne suis pas malheureuse mais … »

Nous avons appris à mesurer la légitimité de nos besoins en les comparant à ceux des autres. Si d’autres souffrent davantage, nous n’aurions pas le droit de souffrir. Si notre vie semble « réussie » aux yeux des autres, nous devrions être satisfait(e)s. Si quelqu’un compte sur nous, nous devrions toujours être disponibles. Si nous avons fait une promesse, nous devrions toujours la tenir. Et si nous avons envie d’autre chose, le jugement fuse : « Je ne peux, c’est égoïste ; que vont-ils penser ? » Mais avoir envie d’autre chose ne signifie pas nécessairement rejeter ce que l’on a. Cela peut simplement signifier que nous avons changé, que nous aspirons à vivre autre chose, à grandir, s’épanouir … Quel problème y a t-il à cela ? On aimerait parfois pouvoir supprimer certaines émotions : la peur, la colère, la tristesse, la culpabilité … et ne pas avoir à vivre l’inconfort qu’elles nous font vivre. Mais ces émotions ne sont pas « mauvaises ». Une émotion n’est pas un problème à éliminer. C’est une information.

Elle nous dit en substance : « Regarde ce qui vient de se passer. Est-ce que ce que tu fais est cohérent avec ce qui compte pour toi ? » Ce qui est très différent de la honte.
La culpabilité porte sur un comportement : « J’AI FAIT quelque chose de mal »
La honte touche à l’image de soi : « JE SUIS quelqu’un de mauvais » La première nous invite à agir, quand la seconde nous pousse à nous cacher, à disparaitre. Et si vous culpabilisiez pour quelque chose qui n’est pas votre responsabilité ?

Nous pouvons nous sentir coupables de choses qui ne dépendent pas réellement de nous.

❌J’ai dit non à une demande et quelqu’un est déçu → 😔 Je me sens coupable

❌J’ai pris du temps pour moi et mon entourage doit s’organiser autrement → 😔

❌Je change de travail, je suis en arrêt maladie, … et mes collègues doivent s’adapter → 😔

❌J’exprime un désaccord, une vision différente et l’autre se met en colère → 😔

❌Je choisis une nouvelle direction et mon entourage ne comprend pas → 😔

Est-ce que cela signifie nécessairement que vous avez mal agi ? NON. La déception de quelqu’un n’est pas automatiquement la preuve que vous avez fait quelque chose de mal. Prendre sa responsabilité ne signifie pas prendre la responsabilité de tout. Je suis responsable de mon choix, mais pas de la manière dont l’autre va vivre ce choix.
Je peux être attenti(f).ve, écouter, expliquer, faire preuve d’empathie. Mais je ne peux pas vivre à la place de l’autre. Les travaux de recherche montrent que la culpabilité a généralement une fonction adaptative : elle nous aide à protéger nos relations et à rester cohérents avec nos valeurs. C’est lorsqu’elle devient excessive, déplacée ou se transforme en auto-punition qu’elle devient problématique.

Dans une transition de vie, la culpabilité peut devenir particulièrement paralysante.
Parce que choisir implique toujours de renoncer à quelque chose. Dire oui à une nouvelle possibilité, c’est parfois dire non à une ancienne manière de vivre. Prendre du temps pour soi signifie parfois ne plus être disponible comme avant. Changer de métier signifie quitter une certaine identité professionnelle. Même lorsqu’un changement est désiré, il comporte une forme de deuil. Et dans ce deuil, la culpabilité murmure :

« Comment je peux abandonner tout ce que j’ai construit ? » → 💭 Je m’en veux …
« Après toutes ces années, comment pourrai-je changer ? »
→ 💭😔
« Je vais blesser les miens »💭 C’est comme si je les trahissais …

Alors nous hésitons, nous reportons, nous procrastinons, nous attendons le « bon moment ».
Parfois, nous finissons même par croire que nous manquons de courage ou de volonté. Alors qu’en réalité, une partie de nous essaie simplement de rester fidèle à l’ancien. C’est souvent à cet endroit que naît le conflit intérieur :

Cette tension est particulièrement forte lorsque notre identité s’est construite autour du fait d’être une personne fiable, responsable, performante, ou toujours disponible. Changer peut alors donner l’impression de trahir l’image que les autres ont de nous. Mais peut-être ne sommes-nous pas en train de trahir quelqu’un.

Peut-être sommes-nous simplement en train de nous désidentifier d’une ancienne version de nous-mêmes.

Il existe une autre manière de vivre la culpabilité : au lieu de réparer ce qui peut l’être, nous nous punissons. Nous nous privons, nous nous critiquons, nous ruminons. Nous nous disons que nous ne sommes pas assez, pas à la hauteur. C’est un peu comme se trahir soi-même. Je connais bien cette mécanique. Lorsque j’ai arrêté d’écrire pendant plusieurs semaines et de publier mes vidéos You tube pendant cinq mois, ma première réaction a été de m’en vouloir et de me dire : « Tu avais dit que tu publierais chaque semaine », « Tu as encore lâché », « Tu manques de rigueur ». J’aurais pu tourner en rond là-dedans. Mais j’ai choisi de plutôt me demander : « Et si au-delà de la procrastination, je devais comprendre quelque chose ? Si c’était un appel à me renouveler ? » Cette prise de conscience n’a pas tout réglé mais m’a permis de passer de « l’auto-flagellation » à l’écoute de ce que je voulais vraiment. Et utiliser la culpabilité dans ses « vertus » : c’est-à-dire prendre ma juste responsabilité et agir en conséquence.

Dans certaines relations, nous pouvons progressivement entrer dans un jeu où l’un reproche et l’autre culpabilise, où l’un exige et l’autre s’écrase. La frustration monte, on ménage, on accumule… jusqu’à l’explosion. Chacun ressort avec le sentiment d’être la victime de l’autre. C’est le fameux triangle dramatique de Karpman (victime – sauveur – persécuteur). L’intérêt n’est pas de coller des étiquettes, ou de continuer à se saboter mais de se demander : « Quel rôle suis-je en train de jouer ? ? », « Qu’est-ce qui est réellement de ma responsabilité ? » Beaucoup de personnes qui culpabilisent facilement se retrouvent dans le rôle de sauveur : « Si je ne m’occupe pas de lui/elle, qui va le faire ? »

On anticipe, on porte, on fait à la place… et on s’épuise. Aider quelqu’un ne signifie pas vivre sa vie à sa place.
Une image me parle beaucoup : si vous voyez quelqu’un se noyer dans une mer dangereuse, vous n’êtes pas obligé de vous jeter à l’eau. Vous pouvez lancer une bouée, appeler de l’aide, rester présent. Mais vous avez aussi le droit de rester en sécurité. Idem pour les mesures de sécurité dans l’avion : on doit d’abord s’équiper d’un masque à oxygène avant d’aller aider autrui. Prendre soin de vous ne vous rend pas égoïste. Parfois, derrière « Je culpabilise de vouloir autre chose » se cache simplement : « J’ai peur de ce qui va se passer si je change ». Peur de décevoir, d’être jugé, d’être abandonné, de ne plus correspondre à l’image que les autres ont de nous.

Alors, la prochaine fois que vous ressentez cette émotion, plutôt que de chercher immédiatement à la faire disparaître, si vous l’écoutiez ? En vous posant ces questions :

  1. Ai-je réellement fait quelque chose qui va à l’encontre de mes valeurs ?
    Ou suis-je simplement en train de faire quelque chose que quelqu’un n’approuve pas ?
  2. Y a-t-il quelque chose à réparer ? Si oui, faites le : excusez-vous, expliquez, changez ce qui doit et peut l’être.
    La culpabilité peut alors avoir rempli sa fonction. Ensuite, il n’est pas nécessaire de continuer à se punir indéfiniment.

J’aime voir la culpabilité comme une sorte de gardienne. Pas une gardienne qui nous enferme. Une gardienne qui nous demande : « Est-ce que tu es congruente : en accord avec toi-même ? »

C’est une frontière parfois très fine, surtout lorsque si vous avez passé des années à vous adapter, à faire plaisir, à éviter les conflits. Vous avez le droit de vouloir autre chose. Vous pouvez être reconnaissant et vouloir évoluer. Vous pouvez aimer votre famille et avoir besoin de temps pour vous. Vous pouvez aimer votre travail et vouloir changer. Vous pouvez aimer quelqu’un et avoir besoin de poser une limite. Vous pouvez être heureux de ce que vous avez construit et sentir qu’une nouvelle étape commence. Ces choses ne sont pas contradictoires.

Nous avons parfois une vision très binaire du changement : soit je suis heureu(x).se et je reste, soit je suis malheureu(x).se et je pars. Mais la vie est beaucoup plus subtile. Parfois, nous ne voulons pas fuir notre vie, mais simplement l’habiter autrement. Choisir sa vie ne signifie pas choisir contre les autres : ce n’est pas « Je fais ce que je veux et tant pis pour les autres ». C’est apprendre à prendre en compte les autres sans s’oublier soi-même.
C’est pouvoir dire : « Je comprends que mon choix puisse te décevoir » sans pour autant renoncer à soi pour que l’autre sois heureu(x).se. C’est pouvoir écouter sans se soumettre, aimer sans se sacrifier, aider sans sauver, dire non sans agresser, prendre sa place sans prendre celle de l’autre.

Carole  Coach | Emotions & Santé* intégrative

*mes actions ne remplacent ni un avis ni un suivi médical

De l’industrie pharmaceutique au coaching : ma transition de vie

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  • Colette Portelance – CRAM

Photo de couverture : Alessandro Erbetta

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