Si la culpabilité n’était plus seulement un frein… mais un signal que quelque chose ne peut plus durer ?
Dans mon précédent article, « Trouver la force d’oser : 5 grands freins au passage à l’action« , nous avons vu comment la culpabilité peut vous maintenir dans un triangle relationnel où vous oscillez entre les rôles de victime, de sauveur et de bourreau. Mais que se passe-t-il lorsque vous restez longtemps dans cette dynamique ? À force de vous sentir coupable, de vous remettre en question, de vous demander ce que vous auriez dû ou pu faire autrement, vous pouvez finir par ne plus voir ce qui est réellement en train de se passer. Vous vous adaptez. Vous faites des efforts. Vous essayez de mieux faire. Vous exigez toujours davantage de vous-même, voire des autres. Parfois, sans même vous en rendre compte, vous vous éloignez de vous-mêmes et de vos émotions. Ce qui vous a permis de tenir un temps peut alors devenir une véritable prison. Le problème n’est pas que vous soyez incapables de changer mais plutot que vous êtes devenus tellement habitués à fonctionner de cette manière que vous ne voyez plus que vous avez le choix. Et c’est là qu’un autre chemin peut commencer : passer de la culpabilité à la responsabilité, puis de la responsabilité à l’autonomie.
1. La culpabilité : une émotion qui peut vous aider… ou vous enfermer
La culpabilité n’est pas une « mauvaise » émotion. Au contraire. Liée à un comportement, elle peut nous permettre de reconnaître que nous avons fait quelque chose qui ne correspond pas à nos valeurs, de réparer lorsque c’est possible et de restaurer une relation. La culpabilité peut alors favoriser la prise de responsabilité et les comportements réparateurs. Le problème apparaît lorsque la culpabilité devient permanente. Lorsque tout devient de votre faute. Lorsque vous vous demandez sans cesse : « Qu’est-ce que j’ai encore fait de travers ? », « Est-ce que je n’aurais pas dû faire autrement ? », « Est-ce que je vais décevoir quelqu’un ? », « Est-ce que j’ai le droit de penser à moi ? » À ce moment-là, vous n’êtes plus simplement en train de reconnaître votre responsabilité. Vous êtes en train de vous juger. Et parfois même de vous punir.
Il s’agit d’un mal invisible et insidieux, plus répandu qu’on ne le pense. Sans nous en rendre compte, nous pouvons nous l’infliger à nous-même dans nos pensées, nos comportements et même nos relations. Vous pouvez ressentir de la culpabilité lorsque vous vous jugez responsable d’une faute, réelle ou imaginaire. Vous pensez que votre comportement a pu nuire à autrui ou que vous avez mal agi. C’est une émotion sociale qui invite à respecter certains codes, à réparer ses torts, et à faire preuve d’empathie. Vous pouvez vous sentir responsable, redevable, porter un poids, ressentir des regrets … associés à d’autres émotions (tristesse, colère contre soi, honte …).
Lorsqu’une personne est régulièrement soumise à ce sentiment, elle commence à se dévaloriser, à douter d’elle-même, de ses capacités, et à perdre en estime d’elle-même. La personne peut s’enfermer dans un cercle vicieux en s’attribuant la responsabilité de situations qui sont hors de son contrôle. Qu’elle soit infligée par autrui ou auto-imposée, la culpabilisation nuit à la relation que vous entretenez avec vous-même et avec les autres, ainsi qu’à votre épanouissement.
2. Quand la culpabilité se retourne contre soi
La culpabilisation peut venir des autres. Un reproche, une comparaison, une insinuation, une bouderie, une dramatisation…
« Avec tout ce que j’ai fait pour toi, tu pourrais au moins… », « Je suis toute seule, tu ne viens jamais me voir. », « Si tu refuses ce poste, tu vas mettre toute l’équipe en difficulté. »
Mais elle peut également venir de l’intérieur. Et c’est là qu’elle devient plus difficile à repérer. Parce que personne n’a besoin de nous dire : « Tu es nul(le). ». Nous pouvons très bien nous le dire nous-mêmes. « Je suis vraiment idiote… », « J’aurais dû… », « Pourquoi est-ce que j’ai encore fait ça ? », « Je ne suis jamais à la hauteur », « Je devrais être capable de faire mieux ». Cette voix intérieure peut devenir tellement familière que nous finissons par ne plus la questionner. Nous la prenons pour vérité. Et ce fonctionnement peut s’inscrire dans les choix du quotidien. Vous pouvez par exemple :
- accepter systématiquement ce qui ne vous convient pas ;
- avoir du mal à dire non ;
- vous mettre une pression excessive ;
- rechercher constamment la perfection ;
- vous comparer aux autres ;
- négliger vos propres besoins ;
- adopter certaines habitudes de vie ;
- rester dans des relations ou des situations qui vous font souffrir ;
- avoir du mal à demander de l’aide ;
- vous interdire de montrer votre vulnérabilité.
Petit à petit, vous pouvez même finir par choisir ce qui confirme l’image négative que vous avez de vous-mêmes :
Le cercle est installé
Reprendre votre responsabilité, c’est progressivement retrouver la possibilité de dire STOP à ce qui ne vous convient plus.
3. Et si le déni avait d’abord essayé de vous protéger ?
Pourquoi continuer à rester dans une situation qui ne vous convient plus ? Pourquoi continuer à faire semblant que tout va bien ? Pourquoi repousser encore et encore ce que vous savez pourtant déjà ? Parce que parfois, ne pas voir est une manière de se protéger.
L’auto culpabilité peut amener une personne à croire que si elle a fait quelque chose, c’est parce qu’elle a un sens aigu de ce qui est juste pour elle, pour l’autre … Elle décortique, rumine, refait les scénarios en boucle en se racontant l’histoire qu’elle veut être juste mais … elle se fait du mal. La personne endosse des rôles toxiques pensant se protéger : elle se raconte des histoires, elle transforme la réalité pour masquer ce qu’elle ne peut ou ne veut pas voir. Elle met en place des comportements tels que le sport intensif, le perfectionnisme, habitudes de vie … qui lui fait se raconter l’histoire que ce n’est jamais assez bien, qu’elle ne lâche rien, qu’elle fait les choses à 300% …
Le déni est notamment décrit en psychologie comme un mécanisme défensif pouvant avoir une fonction de protection face à une réalité difficile à reconnaître. Le problème n’est pas d’avoir utilisé le déni. Le problème est de ne plus pouvoir en sortir lorsque la réalité a changé. Au début, fermer les yeux peut permettre de tenir. De continuer à travailler, de s’occuper des autres, de faire ce qu’il faut, de ne pas avoir à affronter immédiatement une réalité trop inconfortable. Mais à force, le prix peut devenir élevé : fatigue, perte de confiance, sentiment d’être coincé, relations qui s’usent, impression de ne plus savoir ce que l’on veut…
C’est un peu ce que raconte Spencer Johnson dans Qui a piqué mon fromage * ? Dans cette parabole publiée en 1998, le fromage représente ce que vous recherchez dans votre vie, tandis que le labyrinthe représente l’environnement dans lequel vous évoluez. Lorsque le fromage disparaît, certains personnages restent longtemps à attendre qu’il réapparaisse au même endroit. Et parfois, vous faites exactement la même chose. Vous continuez à regarder l’endroit où se trouvait autrefois votre « fromage », en espérant qu’il revienne. Pourtant le fromage a déjà bougé … Vous espérez que votre travail redevienne comme avant, que votre couple redevienne comme avant, que votre motivation revienne, que vous retrouviez la personne que vous étiez, que les choses changent… sans que vous n’ayez à changer quoi que ce soit. Cela peut même amener des personnes à quitter un espace de travail avec un coach ou un thérapeute, parce que cet espace de bienveillance devient effrayant. Il touche à des choses que l’on préfère éviter.
4. Culpabilité ≠ responsabilité
Et pourtant, c’est ici que la bascule peut s’opérer : de la culpabilité (« c’est de ma faute ») à la responsabilité, qui dit : « Quelle est ma part de responsabilité dans la situation ? » Ce n’est pas la même chose. Être responsable ne signifie pas porter ce qui appartient aux autres. Cela signifie apprendre à distinguer :
- ce qui dépend de vous,
- ce qui ne dépend pas de vous,
- et ce que vous choisissez d’en faire.
Vous pouvez être responsable de vos paroles sans être responsable des émotions de l’autre. Vous pouvez entendre la déception de quelqu’un sans avoir à renoncer à votre choix. Vous pouvez reconnaître une erreur sans conclure que vous êtes une mauvaise personne. Vous pouvez dire non sans être égoïste. Vous pouvez vouloir autre chose sans avoir à démontrer que votre vie actuelle est catastrophique. Et surtout : vous pouvez reconnaître votre part sans porter celle des autres. C’est un changement de posture considérable. Parce qu’à partir du moment où vous cessez de chercher constamment qui est coupable, vous pouvez commencer à vous demander : « Qu’est-ce qui est réellement de mon ressort aujourd’hui ? » et reprendre peu à peu votre pouvoir d’agir.
5. De responsable à autonome
Reprendre sa responsabilité, c’est retrouver sa capacité à choisir et votre autonomie
L’autonomie n’est pas une sorte d’état magique dans lequel vous entreriez un beau matin. Elle se construit petit à petit. À travers des prises de conscience, des choix, de nouvelles expériences et de nouveaux réflexes. Devenir autonome, c’est progressivement redevenir auteur et acteur de votre vie, plutôt que de fonctionner uniquement à partir des attentes des autres, de la peur ou de vieux automatismes. Cela peut commencer par trois mouvements très simples :
- Clarifier ce qui est vraiment de votre ressort
- Qu’est-ce qui dépend de vous ?
- Qu’est-ce qui ne vous appartient pas ?
- Où est-ce que vous portez encore des responsabilités qui ne sont pas les vôtres ?
- Accepter que l’autre puisse être déçu.
C’est probablement l’un des apprentissages les plus difficiles. Parce que vous pouvez avoir appris à associer : « quelqu’un est déçu de moi » à « j’ai fait quelque chose de mal ». Or les deux ne sont pas nécessairement liés. L’autre a le droit d’être déçu. Et vous avez le droit de faire un choix qui ne lui convient pas.
- Recommencer à choisir consciemment
- Sortir des rôles automatiques
- Ne plus seulement faire « comme d’habitude »
- Ne plus uniquement répondre à ce que l’on attend de vous
Mais commencer à vous demander : « Qu’est-ce que je veux réellement vivre maintenant ? » Dans « Osez réussir* » et ses différents travaux, Carol Dweck, Professeure à l’Université de Stanford, et chercheuse reconnue dans le domaine de la personnalité, de la psychologie sociale et de la psychologie du développement, fait la distinction entre un état d’esprit davantage figé et un état d’esprit de développement. Ainsi, nos croyances sur notre capacité à évoluer peuvent influencer notre manière d’aborder les difficultés, l’apprentissage et le changement. L’objectif n’est pas de se répéter que « tout est possible », mais plutôt de retrouver suffisamment de souplesse pour envisager que vous pouvez apprendre, évoluer et faire autrement. Il s’agit d’apprendre à développer une relation plus juste et saine avec vous-même.
Dans son ouvrage, « Se libérer de son moi toxique * « , Marie-Estelle Dupont, psychologue clinicienne, psychothérapeute et écrivaine, précise :
« Si vous avez en tête l’image très précise de celui que vous voudriez être, comment vous voudriez vous sentir et agir, vous allez commencer à éprouver la joie, l’épanouissement, la sensation de ce nouvel état d’être. En revanche, vous ne trouverez pas les maillons manquants entre les expériences du passé et votre soi profond en restant ancré dans les émotions séquelles ou les héritages négatifs : peur, culpabilité, rancune, … Mais seulement en décidant d’habiter déjà votre soi, et de commencer à le dépoussiérer. Alors l’énergie que vous dégagerez sera différente et votre sensibilité aussi sera différente. Vous serez plus léger pour certains détails, plus déterminé pour certaines choses, plus clairvoyante pour d’autres. Parce que vous vous serez enraciné dans qui vous voulez être. Au lieu de baigner dans les résidus du passé, vous lui donnez un coup de pied en vous jetant dans ce que vous voulez être, sans attendre que tout soit en place. Là, vous vous libérez du passé, parce que, quoi que vous ayez vécu et quoi que l’on vous ait fait subir, vous êtes libre de générer vous-même des émotions positives et élevées. C’est en elles que vous puiserez la force, malgré les obstacles, de changer votre vie.«
Tout comme elle, je l’ai fait aussi. Et dans mes accompagnements, je vous apprends à apprivoiser vos émotions et construire une relation plus saine, avec vous-même et les autres. J’utilise l’hypnose et les histoires (métaphores) pour vous permettre une prise de distance et laisser émerger de nouvelles solutions. Je vous partage ici ma nouvelle vidéo en lien avec cet article, à découvrir sur ma chaine.
6. En conclusion
La culpabilité peut être utile lorsqu’elle vous aide à reconnaître votre part. Mais lorsqu’elle devient un mode de fonctionnement, elle peut vous maintenir dans la culpabilité, le déni et des choix qui ne vous ressemblent plus. Le passage vers l’autonomie commence alors non pas par “faire plus”, mais par voir ce qui se joue, reprendre votre part de responsabilité et recommencer à vous choisir et prendre soin de vous. Cela s’apprend. Changer votre relation à vous-même, le regard que vous portez sur vous-même, c’est aussi prendre conscience de ce que vous avez envie de VIVRE.
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Au plaisir de vous lire !
Carole Coach | Emotions & Transition de vie*
*mes actions ne remplacent ni un avis ni un suivi médical
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De l’industrie pharmaceutique au coaching : ma transition de vie
Photo de couverture : Beth Chobanova










