Frontières saines : poser ses limites sans se perdre


L’art des frontières pour enfin choisir sa vie ! Une frontière psychologique est la limite entre soi et l’autre. Trop rigide, elle devient un mur ; trop perméable, elle mène à la fusion. Selon Anne Linden, cinq capacités et trois filtres permettent de poser des frontières saines, base d’une estime de soi solide.


Dans mon précédent article, De « coupable » à autonome : quand la culpabilité vous empêche de choisir votre vie , nous avons exploré ce qui peut se passer lorsque vous restez longtemps enfermé.e dans la culpabilité : comment elle peut vous éloigner de vos besoins réels et devenir une véritable prison. Nous devenons tellement habitué.e à fonctionner d’une certaine manière que nous ne voyons plus que nous avons le choix d’en changer.

Mais comprendre intellectuellement la nécessité de changer une habitude devenue sclérosante ne suffit pas à la changer durablement. Vous pouvez savoir qu’il faudrait dire non, et continuer à dire oui. Savoir qu’une situation ne vous convient plus, et continuer à l’accepter. C’est précisément là qu’il devient utile et nécessaire d’apprendre à apprivoiser ses émotions, à les accueillir sans s’y perdre, et de construire des frontières saines.

Ces frontières, telles que les décrit Anné Linden dans son ouvrage* Les frontières dans les relations humaines, sont au cœur de l’estime de soi et des relations authentiques. Elles permettent d’être à la fois séparé.e des autres tout en restant en lien profond avec eux et avec soi-même. C’est ce qui peut ouvrir à une vie plus libre, où vous vous autorisez à ressentir sans vous perdre, et à avancer versvos rêves tout en savourant le présent.

Si les frontières sont essentielles à notre bien-être et à notre fonctionnement, on ne peut ni les voir, ni les toucher, ni les entendre. Elles désignent la limite entre soi et le monde, entre nos émotions et celles de l’autre, entre nos pensées et celles d‘un proche.

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir comme vidé.e après avoir passé du temps avec une personne qui va mal, ou dans une ambiance stressante ? Un peu comme si vous étiez une éponge qui avait absorbé les émotions ambiantes, alors que vous vous sentiez bien au départ. C’est souvent le signe d’une frontière devenue trop perméable.

Pourtant, nous ne pouvons vraiment nous connecter, être en lien, que si l’on est séparé. Fusionner peut être merveilleux, face à un coucher de soleil ou dans un moment d’amour, mais seulement s’il s’agit d’un choix conscient. Sinon, nous abandonnons notre liberté et notre singularité.

D’où l’importance des frontières. Au-delà de mieux vous connaître, savoir quand les poser, quand les assouplir, quand les maintenir vous permet de rester en lien sans vous laisser envahir par une situation ou les émotions des autres et ainsi préserver votre estime de vous.

Selon Anné Linden, cinq capacités permettent de créer et de maintenir des frontières de manière délibérée et fiable. Ces capacités se développent et se stabilisent progressivement à l’âge adulte.

  • La force d’ego : avoir des valeurs qui, au départ venues de l’extérieur (parents, pairs, expériences vécues …), se tempèrent ensuite par le ressenti intérieur. C’est pouvoir rester chez vous un samedi soir avec un livre parce que vous en avez vraiment envie, même si vos amis sortent.
  • Le soi en tant que processus : quand vous êtes bloqué.e dans une boucle d’auto-accusation, à vous reprocher sans cesse une erreur, c’est comme si le temps se figeait : le futur n’existe plus vraiment et il vous semble que les choses seront toujours identiques. Or nous sommes tous en perpétuel changement, et notre capacité à imaginer un demain différent nous permet de prendre conscience de ce mouvement.
  • La capacité à entrer en empathie : vous mettre à la place de l’autre, percevoir le monde à sa façon, sans pour autant fusionner avec lui.
  • La capacité à remarquer la différence. C’est par la différence que l’on grandit : l’accepter plutôt que chercher à tout rendre identique élargit vos horizons.
  • Le soi observateur : il s’agit de la capacité à prendre du recul, à s’observer soi-même sans être totalement englouti.e par l’émotion. Cela amène plus de conscience de vous-même en relation aux autres et à quelque chose de plus grand que soi.

Ces cinq capacités vous donnent la possibilité de fabriquer des frontières saines, au service d’une estime de soi solide, un socle particulièrement précieux quand vous traversez une transition de vie et que vous devez vous redéfinir.

Fuir ses émotions et souffrir d’un manque d’amour-propre s’alimentent mutuellement. En refusant d’accueillir ce que vous ressentez par peur de la vulnérabilité, c’est comme si vous vous envoyiez le message inconscient que votre monde intérieur n’a pas de valeur.

Pourquoi fuit-on ?

D’abord par peur de l’effondrement : nous n’avons pas toujours la sécurité intérieure pour affronter la tristesse, la colère ou la peur.

Ensuite par auto-jugement : une émotion forte est souvent associée à de la faiblesse.

Enfin par peur du vide intérieur, que l’on peut combler par des distractions, le travail excessif ou des relations fusionnelles.

Le manque d’amour-propre aggrave le phénomène : vous pouvez penser ne pas mériter l’attention, y compris la vôtre. Alors vous cherchez à l’extérieur la validation que vous ne vous accordez pas, tout en redoutant le rejet. Parfois on accepte de se faire mal pour garder un lien, parce qu’on a du mal à poser des limites saines.

L’amour-propre n’est ni de l’orgueil ni de la vanité. C’est le sentiment de sa valeur personnelle.

S’aimer suffisamment pour prendre soin de soi, c’est pouvoir se dire : « Ce que je ressens compte. Mes limites comptent. Mes besoins comptent. Ma vie compte. »

Les frontières ne sont pas quelque chose que l’on a : elles sont la conséquence des filtres que l’on emploie pour organiser son expérience. Il en existe trois principaux, qui deviennent des compétences : une fois que l’on sait s’en servir, on peut littéralement « faire » des frontières.

  • Le filtre cognitif : la pensée simultanée. Il s’agit de votre disposition à avoir plus conscience de ce qui va bien ou pas, ou encore de votre capacité à remarquer autant la ressemblance que la différence, plutôt que l’une ou l’autre. Certaines personnes font surtout attention à ce qui se ressemble, et peuvent se sentir menacées par la différence. D’autres remarquent surtout les différences, et peuvent créer des murs qui empêchent la connexion. L’équilibre, c’est de remarquer la différence et la ressemblance de façon harmonieuse.
  • Le filtre physiologique : la connexion au corps. Se connecter à son corps, ce n’est pas comprendre intellectuellement comment il fonctionne ou se compose, mais développer une écoute profonde de ses changements intérieurs subtils : la température, les tensions, les vibrations … Selon Anné Linden, une émotion est en réalité une idée, un concept, une pensée connectée à une sensation physique, puis étiquetée. Plus vous élargissez votre vocabulaire corporel, plus vous apprenez le langage de votre corps, plus la communication entre vos pensées et votre corps devient claire : votre corps s’exprime par des sensations physiques. Cela vous permet, par exemple, de distinguer la sensation d’être fatiguée de celle d’avoir envie de fuir une situation, celle de la satiété de celle de la douleur (ventre tendu, ballonnement, …) …
  • Le filtre perceptuel : la vision et l’audition périphériques. C’est tout ce que vous pouvez voir et entendre sans le regarder ou l’écouter directement, par opposition à une attention totalement focalisée sur un point. Quand on perd cette vision périphérique, on a tendance à fusionner avec la personne ou la situation en face de soi, et on ne peut plus penser de façon constructive.

Avoir conscience de ces trois filtres, aux moments où vous les utilisez ou pas, vous permet de gagner en souplesse : choisir quand vous voulez être séparé.e, quand vous voulez fusionner, et quand vous voulez être les deux à la fois : séparé.e ET connecté.e.

Pour sortir de ce cercle de la fuite, 3 gestes concrets pour commencer :

  • Observez sans juger : identifiez une émotion (tristesse, colère, peur) sans vous blâmer de la ressentir
  • Pratiquez l’auto-compassion : traitez vos propres blessures avec la même bienveillance que vous offririez à un.e ami.e.
  • Ralentissez : vous accorder de petites pauses pour respirer et vous « connecter » à votre corps au lieu de réagir par l’évitement.

Prendre soin de soi ne se résume pas à une marche, un bain et une bougie. C’est aussi oser dire non, demander de l’aide, reconnaître qu’une situation ne vous convient plus, cesser de vous justifier en permanence, accepter de décevoir, ou simplement arrêter de vous raconter que « ça va » quand quelque chose en vous dit le contraire. C’est être honnête avec vous-même. C’est ici que les frontières deviennent un outil puissant. Elles vous aident à distinguer ce qui vous appartient de ce qui appartient à l’autre, à ressentir de l’empathie sans vous perdre, à poser des limites saines, ni rigides, ni absentes.

Apprivoiser vos émotions, c’est cesser de les fuir ou de les subir. C’est les accueillir comme des informations précieuses sur vos besoins, vos valeurs et vos limites. Ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre : c’est simplement mieux comprendre ce qui vous empêche aujourd’hui de vous écouter, de poser vos frontières et de vous choisir.

C’est particulièrement vrai dans une période de transition de vie, quand les repères bougent et qu’il faut réapprendre à s’orienter d’après nos propres signaux plutôt que d’après ce que l’on a toujours fait.

Choisir sa vie, c’est oser être à la fois séparé.e et profondément connecté.e : à vous-même, aux autres, et à ce qui vous fait vibrer. C’est apprivoiser vos émotions plutôt que les fuir, construire des frontières saines plutôt que des murs ou de la fusion, et retrouver une estime de soi solide. Parce que prendre soin de vous n’est pas de l’égoïsme. C’est enfin accepter de compter dans votre propre vie.

Si ces mots résonnent en vous, et que vous sentez qu’il est temps de regarder autrement ce qui se joue en vous, je serai heureuse de vous lire en commentaire ou d’en parler lors d’un premier échange exploratoire, sans engagement. Parfois, le premier pas vers soi est le plus courageux. Et vous n’avez pas à le faire seul.e.

Carole  

Accompagnement Emotions & Transition de vie*

*mes actions ne remplacent ni un avis ni un suivi médical

🎁 Guide : Arrêter de tout contrôler

https://www.youtube.com/@CaroleChoisirtavie

De l’industrie pharmaceutique au coaching : ma transition de vie

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2 commentaires

  1. Le passage sur la connexion au corps m’a particulièrement intéressée. Avant même de savoir formuler une limite, il y a souvent un signal physique : une tension, une fatigue soudaine, une envie de fuir, un malaise difficile à expliquer. J’aime beaucoup l’idée d’élargir son “vocabulaire corporel” pour apprendre à distinguer ce qui se passe réellement en soi. Peut-être que poser une limite commence parfois bien avant les mots, simplement en apprenant à entendre ce premier “non” du corps.

    1. Merci pour ce retour. Je pense même que c’est la 1ere chose : entendre … réapprendre à écouter son corps, ses signaux physiques, son langage via les émotions et réapprivoiser tout cela : tout un monde à (re)découvrir. J’aborderai cet aspect à partir d’un exemple personnel dans mon prochain article.

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