Si vous êtes hypersensible, vous le savez souvent depuis longtemps. Bruits trop forts, ambiances lourdes, endroits bondés qui vident votre batterie en quelques minutes… Vous vous sentez comme une « éponge ». Vous captez les émotions des autres, vous êtes submergé.e par elles, mal à l’aise dès qu’un conflit pointe, blessé.e par une critique qui serait perçue comme anodine par d’autres. Analyse permanente avec un cerveau en « plan réseau », sentiment de solitude à force de se sentir incompris.e, besoin viscéral de solitude pour se recharger, saturation rapide face aux discussions de surface alors que vous aspirez à de la profondeur et de l’authenticité…
Et puis il y a ce fameux « trop » que l’on vous a répété : trop sensible, trop sérieux.se, trop intense, trop curieux.se, trop émotif.ve… Un petit mot qui pèse lourd et vous fait douter. Alors peut-être faites vous déjà partie de ces personnes qui sont en chemin ou qui ont déjà ont appris à se choisir malgré tout.
1. Mon « trop » de la semaine
Récemment, une immense tristesse m’a submergée, liée à une personne qui a beaucoup compté pour moi et qui s’en est allée. Une vague venue de très loin, comme si une digue avait cédé. Au lieu de fuir ou de refouler (comme je le faisais avant), je me suis laissée surprendre et traverser.
C’était intense, douloureux … et pourtant libérateur. Le déni semble souvent confortable sur le moment, mais il nous rend esclave. Jusqu’à cette fameuse goutte d’eau qui fait déborder le vase, ce fameux « STOP : je dois me choisir « . Beaucoup d’hypersensibles, après avoir testé mille méthodes et thérapies, se sentent démuni.e.s : « rien ne marche pour moi ».
Parfois, c’est parce que, sans en avoir conscience, on est encore dans le déni, déconnecté.e de ce que l’on vit vraiment. Nos émotions ne sont pas des ennemies : elles sont le chemin vers notre être profond. Mais on n’a jamais appris à « être et ressentir », seulement à « faire » et à exister au travers d’un rôle.

2. La tristesse comme messagère
Dans beaucoup de familles, on confond loyauté et amour : soutenir, encaisser, se taire, ne pas faire de vagues, s’oublier … On apprend très tôt à compenser les manques (d’un parent absent physiquement ou émotionnellement), à devenir le « pilier », à « tout porter », même ce qui ne nous appartient pas. Résultat : peur de décevoir, difficulté à dire non, culpabilité dès qu’on pense à soi, sentiment d’être égoïste quand on exprime un besoin… Une loyauté toxique qui nous coupe de notre pouvoir personnel et nous amène à nous sacrifier plutôt que se choisir.
Comme l’explique très justement Aude-Valérie Jung, « pour une personne hypersensible, la sphère familiale est souvent un terrain complexe. […] Entre culpabilité, besoin d’harmonie et peur du conflit, il peut devenir difficile de s’affirmer tout en maintenant des liens familiaux sains. » La personne dotée d’une hypersensibilité ressent plus que les autres tout ce qui n’est pas dit. Elle reste souvent prisonnière de cette fidélité inconsciente, au prix du sacrifice de son identité propre.
3. Ressentir la tristesse dans le corps
C’est la prise de conscience que j’ai eu cette fois-ci dans le corps, en acceptant de me laisser toucher par cette vague de tristesse profonde. Si mon mental a su, à un moment donné m’aider à prendre les décisions qui s’imposaient pour reprendre le pouvoir sur ma vie, mon corps lui n’avait pas fait son deuil : il n’avait pas complètement laissé partir. Reconnaitre l’émotion c’est accueillir la part de soi blessée et la reconnaitre, lui laisser le droit d’exister sans pour autant continuer à en être esclave. Et ainsi, reprendre la responsabilité de sa vie : choisir sa vie. C’est ce que l’on fait ensemble en accompagnement centré émotion.
« Il faut parfois s’affranchir de personnes, d’engagements, de liens qui ne nous conviennent plus et nous nécrosent. Ne pas le comprendre, c’est se trahir soi-même. » – Nicole Prieur , philosophe, psychothérapeute et auteure du livre « Les trahisons nécessaires- s’autoriser à être soi ».
4. La vérité inconfortable sur cette sensibilité exacerbée
L’hypersensibilité est souvent associée à une faiblesse, de l’immaturité, un frein à l’épanouissement, … voire un trouble psychologique. Or d’après la psychologue Elaine Aron, experte sur ce sujet (elle a développé le concept de Highly Sensitive Person), il s’agirait plutôt d’un trait de personnalité, une façon différente de traiter l’information.

Il s’agirait plutôt d’un :
« Haut Potentiel Sensible” (Elaine Aron)
« Un trésor précieux à développer, protéger et déployer dans tous les aspects de sa vie«
Selon consensus de thérapeutes & chercheurs francophones
La haute sensibilité serait innée. Elle correspond à un fonctionnement spécifique du système nerveux qui se voit par imagerie cérébrale.
Elle toucherait :
- jusqu’à 31% de l’humanité
- majoritairement des femmes
Source ; Observatoire de la sensibilité 2026
Souvent perçus comme « trop » (trop fragiles, trop sensibles, … ), cela peut les amener à douter d’eux-mêmes et fragiliser l’estime de soi. Le poids du regard des autres, le fait de se comparer, peut amener à croire que quelque chose ne va pas en soi et à vivre de la dévalorisation. Se choisir, c’est apprendre à s’accorder soi-même de la valeur.
Ressentir les émotions de manière intense, cela fait partie de moi depuis toujours. C’est ce qui m’a valu mon échec au concours de pharmacie à 18 ans, ne sachant gérer ma peur panique de l’examen, ou encore la sensation d’être « vidée de mon énergie » dans certaines relations ou situations…
Comme beaucoup, je l’ai longtemps portée comme « une tare », ne comprenant pas comment les autres faisaient pour ne pas être aussi sensible que moi et ce qui clochait chez moi.
J’ai eu la chance de rencontrer sur mon chemin différents types de praticiens qui ont su m’aider à changer de regard sur mon hypersensibilité : à la voir comme une force, à l’apprivoiser, et à la mettre au service de mes client.es dans ma façon de les accompagner afin de :
- Créer les conditions favorables : pour que la personne se sente en confiance et sécurité,
- Proposer une « vraie » approche personnalisée : respectueuse de la susceptibilité de chacun.e,
- Avoir une vision intégrative : rechercher la profondeur (la racine) plutôt que rester en surface de la problématique.
En effet, un individu hautement sensible est impacté par son environnement. Il sera en meilleure santé physique, mentale et sociale et réussira mieux s’il évolue dans un environnement de calme, de confiance, de respect, de soutien, d’encouragement … versus un environnement de stress, de violence, de rejet… (Source : laboratoire de la sensibilité )
5. En conclusion
L’hypersensibilité, ce n’est pas une maladie mais une façon différente de traiter l’information, avec un seuil de tolérance plus bas aux signaux de l’environnement.
Selon Elodie Crépel, experte dans ce domaine, « on naît hypersensible, on ne le devient pas et on le restera toute notre vie, même si certains.es passeront la leur à le cacher ou à le contrôler ! ».
Selon Elaine Aron (psychologue et chercheuse en psychologie d’origine américaine, reconnue comme l’une des spécialistes de l’hypersensibilité) , le fait que l’hypersensibilité touche 30% de la population indique qu’elle ne peut pas être considérée comme un désavantage.

Et vous ?
Comment vivez-vous votre sensibilité au quotidien ? Le « trop » vous pèse-t-il encore, ou commencez-vous à l’apprivoiser et à vous choisir ?
Partagez en commentaire, afin d’avancer ensemble.
À la semaine prochaine pour la 2e partie : voir que votre hypersensibilité c’est votre trésor caché, une boussole pour choisir votre vie, même quand ça tangue !
Carole